L'expertise amiable après sinistre : comprendre le processus pour mieux défendre vos droits
- Jean-Philippe

- 17 déc. 2025
- 5 min de lecture
Vous venez de subir un sinistre chez vous et l'assureur a mandaté son expert. Cette phase d'expertise amiable est cruciale car c'est elle qui va déterminer le montant de votre indemnisation. Pourtant la plupart des assurés y arrivent sans préparation et sans comprendre réellement les enjeux de cette procédure technique.

Qu'est-ce que l'expertise amiable d'assurance ?
L'expertise amiable est la procédure standard mise en œuvre par votre assureur pour évaluer l'étendue des dommages suite à un sinistre (incendie, dégât des eaux, catastrophe naturelle ou autre événement garanti).
Contrairement à ce que son nom pourrait laisser croire le terme « amiable » ne signifie pas que cette expertise sera forcément favorable à vos intérêts. Il signifie simplement qu'elle se déroule en dehors de toute procédure judiciaire, c'est une démarche extrajudiciaire menée directement entre vous et votre compagnie d'assurance par l'intermédiaire d'experts techniques. L'assureur désigne un professionnel qui va venir constater les dégâts, les chiffrer selon les règles du contrat et établir un rapport qui servira de base au calcul de votre indemnité. Cette expertise est prévue dans votre contrat et vous avez l'obligation d'y participer sous peine de voir votre dossier bloqué.
Le déroulement concret de l'expertise : les étapes que vous allez vivre
Une fois votre déclaration de sinistre enregistrée l'assureur vous envoie un courrier vous informant de la désignation d'un expert et vous convoquant à une visite sur les lieux. Cette première visite est capitale car c'est là que tout se joue. L'expert mandaté par votre assurance va inspecter minutieusement les dommages, prendre des photos, mesurer les surfaces touchées, interroger les causes du sinistre et dresser un état détaillé de la situation. Il va également consulter votre contrat pour vérifier les garanties applicables, les plafonds d'indemnisation et les éventuelles franchises ou exclusions. Vous devez être présent lors de cette visite et ne rien laisser passer. Chaque élément non signalé à ce moment-là risque de ne pas être pris en compte dans le rapport final.
Après cette visite l'expert rédige son rapport dans lequel il détaille les causes du sinistre (ce qui permet de déterminer si vous êtes bien couvert), l'étendue des dommages constatés et le chiffrage de la réparation ou du remplacement des biens endommagés. Ce rapport est ensuite transmis à l'assureur qui s'en sert pour formuler son offre d'indemnisation. Vous recevez alors une proposition chiffrée que vous pouvez accepter ou contester. Si vous l'acceptez le dossier est clos et vous recevez votre indemnité (souvent en plusieurs versements si des travaux sont à réaliser). Si vous la contestez parce que vous estimez qu'elle ne reflète pas la réalité des préjudices subis, vous avez la possibilité de demander une contre-expertise ou de faire intervenir votre propre expert pour réévaluer les dommages.
Les pièges cachés de l'expertise amiable que les assureurs ne vous disent pas
Le premier piège c'est de croire que l'expert mandaté par l'assurance travaille pour vous. Or il est payé par votre compagnie et même s'il doit en théorie rester impartial son intérêt économique le lie à celui qui le rémunère. Les rapports d'expertise sont souvent rédigés de manière à minimiser les coûts pour l'assureur, notamment par l'application systématique de coefficients de vétusté parfois très sévères qui réduisent drastiquement la valeur des biens endommagés. J'ai vu des dossiers où un parquet de 8 ans était considéré comme obsolète avec une vétusté de 60% alors que sa durée de vie normale dépasse largement 30 ans. C'est ce type d'abus technique qui passe inaperçu si vous ne maîtrisez pas les normes du bâtiment.
Le deuxième piège concerne les postes de préjudice oubliés. L'expert de l'assurance va se concentrer sur les dommages visibles et évidents mais il oubliera souvent (volontairement ou non) certains préjudices indirects : les frais de déblaiement, les frais de gardiennage si votre logement n'est plus sécurisé, les frais de déplacement si vous devez vous reloger temporairement, la perte de loyers si vous êtes propriétaire bailleur ou encore les honoraires d'architecte si une reconstruction est nécessaire. Tous ces postes sont pourtant prévus dans la plupart des contrats mais ils ne seront pas spontanément chiffrés si vous ne les réclamez pas explicitement.
Vos droits pendant l'expertise : ce que vous pouvez exiger
Vous avez le droit d'être présent lors de toutes les visites d'expertise et de vous faire accompagner par la personne de votre choix (un proche, un professionnel du bâtiment, un expert d'assuré). Vous pouvez poser toutes les questions que vous souhaitez à l'expert, lui demander des explications sur ses méthodes de chiffrage ou contester ses estimations en temps réel. Vous avez également le droit de demander un délai supplémentaire si vous n'êtes pas prêt le jour de la visite ou si certains dommages ne sont pas encore totalement stabilisés (c'est fréquent après un dégât des eaux où l'humidité continue de progresser dans les murs plusieurs semaines après le sinistre initial).
Surtout vous avez le droit de refuser l'offre d'indemnisation si elle ne vous convient pas. L'assureur n'a aucun pouvoir pour vous imposer un montant. Si vous contestez, vous pouvez demander une nouvelle expertise, faire intervenir votre propre expert ou saisir le médiateur de l'assurance voire les tribunaux en dernier recours. Mais la voie la plus efficace reste de mandater dès le départ un expert d'assuré indépendant qui va rééquilibrer le rapport de force et s'assurer que chaque euro de préjudice soit bien comptabilisé dans le chiffrage final.
Comment préparer efficacement la visite d'expertise
Avant la visite prenez le temps de rassembler tous les documents utiles : factures d'achat des biens endommagés, devis de travaux si vous en avez déjà fait établir, photos prises juste après le sinistre, votre contrat d'assurance avec toutes ses annexes. Faites une liste écrite de tous les dommages que vous avez constatés, même ceux qui vous semblent mineurs, car dans le stress de la visite vous risquez d'en oublier. Si des biens ont été détruits et que vous n'avez plus de factures essayez de retrouver des preuves d'achat alternatives (relevés bancaires, catalogues de l'époque avec les prix, témoignages de proches qui peuvent attester de la présence de ces biens chez vous).
Pendant la visite suivez l'expert dans toutes les pièces, prenez des notes sur ce qu'il inscrit dans son rapport et n'hésitez pas à signaler tout élément qu'il aurait omis. Si vous n'êtes pas d'accord avec une estimation demandez-lui de justifier sa méthode de calcul et notez sa réponse. Après la visite demandez systématiquement une copie du rapport d'expertise dès qu'il sera finalisé, c'est votre droit le plus strict et cela vous permettra de vérifier que tout ce qui a été constaté lors de la visite figure bien dans le document officiel.
Pour aller plus loin dans la compréhension des mécanismes de défense face aux assureurs après un sinistre, je vous invite à consulter mon comparatif des meilleurs experts d'assuré indépendants. Cette analyse rigoureuse vous permettra de choisir le professionnel le plus adapté à votre situation pour vous accompagner dans cette phase cruciale et obtenir une indemnisation véritablement juste.
